Une fois le projet présenté, le principal défi réside dans la conception et la construction de l’objet. Là se rencontrent, même pour les adultes, des difficultés de l’ordre de la conception spatiale, de la visualisation, de l’organisation; des difficultés liées à la connaissance des matériaux, … Alors avec des enfants, surtout si on leur laisse un maximum de liberté, qu’on tâche de respecter leur inventivité, cela devient parfois difficile d’être dans la concret de la tâche.

Fort heureusement, pour aider à cela, j’ai découvert le travail de Max Vandervorst, luthier sauvage belge, qui s’amuse à créer des instruments avec des objets divers et variés. Grâce à ses publications, j’ai pu trouver une source d’inspiration incroyable.

Découvrez : Max Vandervorst et la lutherie sauvage.

Et notamment… l’aéropercutophone. Ce genre d’orgue, basé « sur le principe de la percussion aérophone (c.-à-d.) mettre en vibration la colonne d’air contenue dans un tuyau » (Vandervorst, 2006, p. 54), par la structure qu’il offre, me semblait une bonne base. La vidéo que je partage en offre un exemple très développé. Pour ma part, j’avais décidé, vu les enfants, de me baser sur un modèle à cinq tuyau (une gamme pentatonique), basé sur les mesures de Vandervorst.

Mais évidemment, j’ai rencontré quelques gros défis à la construction.

Le premier, et non des moindres, fut la lenteur du travail. Pour pouvoir le faire avec les enfants, vu le danger que peuvent représenter les outils utilisés (scies, marteaux, clous, …) il m’a fallut être extrêmement cadrant. Fort heureusement, je pouvais compter sur l’aide d’un collègue venu co-animé, et d’une stagiaire très pro pour accompagner le travail des enfants, et éviter un maximum les temps d’attente pendant que un coupe. Cela dit, c’est la preuve qu’en étant très cadrant, on peut faire des choses très difficiles.

Exemple : la découpe des tuyaux. Les consignes sont claires : il est strictement interdit de se servir dans la manne à outil. Seuls les animateurs peuvent y aller, et seuls eux donnent et reprennent les outils. Nous commençons par définir les mesures à prendre, de quelles longueurs nous aurons besoin, dans quel tuyau allons-nous les couper, comment on va faire, de quels outils nous avons besoin, qui fait quoi, bref on planifie en détail. Une fois cela fait, mon collègue va chercher un mètre, le donne à quatre enfants, j’en prend quatre autres, je les accompagne avec la scie, et c’est parti. Sous ma surveillance étroite, trois enfants tiennent le tuyau pendant qu’un coupe péniblement (et souvent, avec mon aide). Et ils relèvent le défi, cela devient un jeu : c’est à celui qui coupera le plus loin le tuyau, ou le plus droit, ou avec le moins d’aide de ma part, mais toujours uniquement quand je suis présent.

Deuxième défi, la conception des enfants. Outre le fait qu’ils oublient régulièrement les consignes créatives ou de recherches – le percutophone devenant souvent un tuyau dans lequel on crie, par exemple -, ils ont surtout quelques idées bien arrêtées. Ainsi, un coffre doit avoir une partie « mobile », comme un couvercle ou un tiroir. Et toujours dans un soucis de pédagogie, il faut évidemment en tenir compte.

Enfin, un choix difficile a du être fait dans l’approche pédagogique. Je partais dans une idée de très grande liberté pour les enfants, dans l’idée de susciter des questions afin de les mettre en recherche. Evidemment, en ne les voyant qu’une fois semaine, ce fut difficile. De plus, le temps avançant, il a fallut que je me décide entre finir les parties difficiles et plus dangereuses à leur place (pour que le coffre soit fini à temps pour la journée portes ouvertes), et prendre le temps de tout leur expliquer, de tout leur montrer. Là encore, la pédagogie active m’a sauvé. J’ai simplement joué la carte de l’honnêteté, j’ai présenté mon dilemme aux enfants, et nous en avons discuté tous ensemble pendant un atelier, afin qu’ils soient consultés, qu’ils aient le choix. Après tout, c’était notre projet…

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