Florence, XVIè siècle. Après la mort de Laurent le Magnifique, un moine fou arrive au pouvoir. Le frère Savonarole exècre le monde, ses vanités et ses frivolités ; il dresse des bûchers sur lesquels brûlent des chefs d’oeuvre. Une trame historique complexe, que le projet théâtre de l’AGRI de Huy décortique et donne à voir. Expérience théâtrale.

Nous pénétrons dans une salle de spectacle inventée pour l’occasion : fenêtres bâchées, pendillons noirs et projecteurs sur pied, l’école ne disposant pas d’une salle équipée, une boîte noire est recréée chaque année dans la salle de gymnastique pour héberger le projet théâtre, ses comédiens, ses décors. Cette année, c’est un cloître gothique qui nous accueille pour assister à la montée d’un extrême dans la Cité des Arts.

Le projet de faire du théâtre dans une école n’est jamais un pari gagné : entre l’expérience inégale des élèves, les nombreuses idées reçues, les horaires imposés et la réalité extérieure des contrôles-interros-examens, les écueils sont nombreux. Et pourtant, certains pédagogues arrivent encore à rassembler leurs étudiants sous les feux de la rampe.

Alors que reçoit le public qui assiste à une telle représentation, et qu’en retirent les élèves? 

En fin de spectacle, la première impression est teintée d’étonnement. Le contexte historique évoqué n’est pas vraiment de ceux enseignés dans les classes habituelles de secondaires, et le texte d’Armand Salacrou relève d’un exercice de langue exigeant. Un choix audacieux avec des élèves et un public de proximité.

Avec plaisir, on découvre également un travail différent de ce à quoi l’on s’attend en général en « théâtre scolaire ». Cela est tout d’abord dû à la qualité de la régie. La lumière est bien pensée, elle met en valeur sans tomber dans la surcharge d’effet. Il y a une écoute de la scène qui offre un soutien précieux aux acteurs et permet d’oublier les espaliers et les gradins de salle de sport. Enfin, les costumes achèvent le caractère sérieux de la production : les élèves quittent les vêtements de ville pour passer robes d’époques, pourpoints  et chasubles monastiques. Cela sent la recherche « sur mesure », l’application scénographique, bref le travail sérieux et abouti. Tout est mis en place pour que comédiens et public vivent une expérience de théâtre aux exigences professionnelles.

Après la représentation, les échanges vont bon train au bar. Et de manière assez unanime, une forme de respect s’installe face à ce projet qui tient la route. Car malgré quelques hésitations, malgré le trac et la difficulté de porter la voix dans une telle salle, la pièce tient bon, et le Théâtre est là. Au fil du spectacle, certains des comédiens se lâchent, se prennent au jeu, laissent entrevoir des caractères bien dessinés. Il y a, sur scène, un esprit de compagnonnage attrayant. Ils sont dans le même bateau, ils le savent, et ça se sent. Nous n’assistons pas au travail exigeant d’un « artiste metteur en scène », nous n’assistons pas au travail précis d’évocation d’un espace-temps autre, nous n’assistons pas à une démonstration de talent de comédiens. Non, même si tout cela est présent en filigrane, nous assistons surtout à l’expérience qu’ils font d’une communauté comme devrait l’être le théâtre professionnel, à l’expérience qu’ils vivent d’une pédagogie rare, non plus frontale mais circulaire, où les distances s’estompent, où l’apprentissage se solde par une mise en oeuvre, et qui leur demande de quitter la place d’apprenants passifs pour être acteurs d’un projet où ce qu’ils vivent importe autant que la qualité de leur travail.

Et vu les explosions d’allégresse en coulisse, l’expérience fut enrichissante.

 

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