Petite situation vécue, au sein d’une équipe qui m’a semblée ce jour-là si pleine de ses certitudes… 

Quatre mois après son placement, M. a fait de gros progrès : ses résultats scolaires sont en hausses, tous soulignent ses efforts de comportement. Sa peur de l’adulte, qu’il percevait comme violent, était telle que si un éducateur, à table, passait sa main dans ses cheveux, M. assis à côté, sursautait. Le placement lui fait le plus grand bien, et M. le dit lui-même dans ses bons jours : « Je suis content d’être ici, c’est vraiment le meilleur endroit« . Mais lorsqu’il est arrivé chez nous, M. avait une tendance certaine à « mentir » effrontément. Même pris sur le fait, il était capable de nous regarder dans les yeux et de pleurer « Non, j’ai rien fait, c’est pas moi« . Cela posait régulièrement des problèmes de confiance, et il donnait parfois l’impression d’y croire tellement que cela devenait sa réalité, et plus un mensonge conscient.

En réunion d’équipe éducative, on parle de M., et ceci sort :

Il y a une grosse évolution : il ment beaucoup moins qu’avant. Maintenant, quand on lui dit « Tu as fait » il dit « Oui c’est vrai ».

Et les collègues se félicitent de leur travail avec cet enfant. Tandis que moi, dans mon coin, je ne peux m’empêcher de me demander s’il s’est confronté à une réalité partagée ou s’il s’est simplement habitué à n’être pas cru, et se conforme à l’adulte pour éviter une engueulade… Habité par ce sentiment étrange, entre doute et relativisme, je me sens comme un corbeau à table : malvenu et importun oiseau de mauvais augure. Je ne ferai donc pas part de mes doutes à mon équipe cette fois.

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